
Je m’appelle Sultan, je suis né le 24 mars 2001, de race Setter Anglais, je suis un petit gamin qui a eu sa photo dans le journal mais qui s’en serait bien passé. On pensait que j’avais une malformation du foie, en fait tout venait de mon estomac. Beaucoup de personnes se sont mobilisées pour moi. Je ne m’en rendais pas vraiment compte mais ma famille d’accueil reprenait espoir.
On a commencé par me faire des prises de sang, des radios, et des échographies, jusque là rien de douloureux. Puis comme je continuais à maigrir on m’a mis sous perfusion jusqu‘au grand jour. Un lundi matin, on m’a opéré pour des biopsies c’est à dire qu’on a prélevé une partie de mes organes (une toute petite je vous rassure) afin de savoir s’ils fonctionnaient normalement. L’opération s’est bien passée, c’est le réveil qui fût difficile, car j’ai mis près de 24 heures à revenir parmi vous. Je suis resté à la clinique pour attendre les résultats de mes prélèvements et le jeudi mon estomac était aussi gros qu’un ballon de football, du moins je pense car c’est ce que tout le monde disait. On a donc décidé de me réopérer, cette fois de mon estomac car c’était le pylore qui était trop petit pour faire sortir à une vitesse normale les aliments de mon estomac. On m’a donc dit que j’avais un problème de tuyauterie. Le lundi soir suivant, nouvelle opération. Le réveil fût cette fois plus rapide car le lendemain matin, je marchais déjà. On me nourrissait à l’aide d’une sonde gastro nasale qui entrait dans mon museau jusque l’estomac. Mais, il y avait un problème supplémentaire. A mon entrée à la clinique on avait constaté que mon museau coulait. J’avais un rhume quoi. Alors la sonde est devenu un problème.
Celle qui était censée me nourrir me gênait pour respirer. Il ne manquait plus que ça. Le vendredi je suis rentré dans ma famille d’accueil qui, pour l’occasion, s’est transformée en infirmerie. Entre les repas pris par la sonde, les médicaments, et les inhalations pour me dégager le museau, je leur prenais une bonne partie de la journée, et même de la nuit ; agréable pourtant car je dormais dans le lit, c’était rassurant. Le week-end s’est passé et alors que l’on pensait que la situation s’arrangeait, le lundi matin mon ventre était de nouveau énorme. Plus rien ne passait dans mon estomac. Je suis retourné chez mon premier vétérinaire qui a contacté la clinique où j’avais été opéré. Ils ont eu la franchise de lui dire ce qu’ils n’avaient pas dit directement à mes infirmières ; entre autre qu’ils ne m’avaient pas rendu parce que j’en avais assez d’être enfermé (quoi que) mais parce qu’après l’opération, le transit aurait dû se refaire tout de suite et que pour moi ce n’était pas le cas. Il fallait se rendre à l’évidence, rien n’avait fonctionné et en un mois j’avais perdu plus d’un kilo, moi qui n’était déjà pas épais lorsque l’on a commencé à s’occuper de moi comme un chien et non plus comme une marchandise invendable.
Le soir, la décision d’enlever ma sonde fût prise. C’est mon infirmière qui l’a fait et dans mes yeux elle a lu un ras le bol de cette souffrance continue et une envie de poursuivre qui s’était envolée. J’ai passé une dernière nuit dans les couvertures de son lit, la respiration difficile, leur combat d’un mois touchait à sa fin. Cette nuit fût la plus longue de mon existence, elle me donnait l’impression de ne jamais finir. Mon infirmière voulait plus que tout que je m’endorme et que je ne me réveille jamais. Je n’ai pas voulu faire ce plaisir à la race humaine, elle qui approuve que des personnes puissent faire de l’argent en vendant des animaux sans ce soucier de l’avenir de ce qui ne rentre pas dans les critères de race. Pour ma part, je n’ai pas été gâté ; Ma mère avait 8 ans ; c’est certainement un peu vieux pour avoir des bébés lorsqu’on est un chien, il vous suffit de multiplier par 7 et vous avez son âge. Mais en plus, si on en croit mon pedigree le grand-père et la grand-mère de mon papa, sont aussi la mère et le père de ma maman. Ça se fait dans le milieu de l’élevage mais pour quel résultat, le mien peut-être ; pas très beau tableau. Enfin bref, je m’appelle Sultan de la plume du Pévèle né à Merignies.
Je suis mort le 04 septembre 2001 à la clinique vétérinaire de Maubeuge à 8h35. J’ai été incinéré individuellement pour que mes cendres rappellent la souffrance que j’ai endurée, l’espoir de nombreuses personnes que j’ai sollicitées et la bêtise humaine, d’un élevage pour garder les caractéristiques d’une race intacte. Mais à quel prix. Je remercie pourtant les personnes qui ont cru en ma guérison, leurs dons ont permis d’espérer mais aussi ils ont pu sauver un golden retriever de l’euthanasie car une personne lui a tiré dessus deux fois avec un fusil (encore la bêtise humaine). Mais d’autres animaux aussi. Du coup mon combat n’est donc pas vain puisque d’autres animaux vivent après moi et c’est le principal.
L’association de mes infirmières aura besoin de votre soutien pour lutter contre les mauvais traitements et les absurdités des gens. Pour ma part, je suis heureux maintenant, je ne souffre plus mais je suis rassuré de savoir qu’un petit être comme moi puisse mobiliser autant d’efforts. Alors merci à tous d’avoir cru en moi et pardon de ne plus avoir eu la force de continuer. Poursuivez à ma place ce combat, moi je ne pouvais plus le faire mais d’autres animaux ont besoin de vous et attendent comme moi une vie meilleure. Essayez de la leur offrir, ils le méritent. Je m’excuse auprès de Françoise qui m’a accompagné et qui, plus que tout, voulait m’adopter mais de par ma mort, je veillerai sur toutes ces personnes qui ne voulaient que mon bonheur.
Au revoir.
Sultan